Clovis Gauzy

Photographe Auteur


Concert et festival : gestion des photographes

C'est par ce que j'ai rencontré beaucoup d'organisations divergentes concernant la gestion des photographes de concert, et trop de règles qui tentent, sans trop vraiment savoir pourquoi, ni si c'est légal, de brider les photographes dans leur travail en imposant des conditions (très) particulières, que j'essaye ici de clarifier la législation entourant cette pratique photographique…

Les Photographes

En concert il existe, grosso-modo, 3 catégories de photographes :

  • Le photographe professionnel. Travail à son compte et/ou fournit ses clichés à une agence. Ses activités sont limités à l'artistique ou à l'information et il vit d'expositions, de vente de tirages originaux ou de droits d'auteur.
  • Le photo-journaliste. Travail pour une rédaction ou une agence de presse, salarié à plein temps ou à la pige, il doit justifier de son statut de journaliste, soit par la présentation d'une CIJP (la Carte de Presse), soit par la production d'une preuve, sous forme de carte ou de certificat, d'appartenance à l'organisme pour le compte duquel il vient faire son reportage.
  • Le photographe amateur. Fait de la photographie pour son seul plaisir, n'a pas engagé une démarche professionnelle. Il a les même droits sur ses clichés que les professionnels, et peux occasionnellement vendre des photos (tirages originaux, presse, droits d'exploitation).

La Carte de Presse

Petite précision concernant la Carte de Presse (CIJP) : cette carte n'est pas obligatoire, il ne s'agit ni-plus ni-moins d'un certificat délivré par une commission nationale, aux personnes dont les collaborations avec des titres de presse représentent plus de 50% de leurs revenus dans l'année, et ce de manière régulière mais avec des restrictions (vous ne pouvez avoir accès à la carte de presse si vous être fonctionnaire ou agent public, ou avez exercé en tant que chargé de relations publiques ou attaché de presse dans l'année).

Un journaliste peut donc temporairement ne pas voir sa carte renouvelée s'il ne remplit pas toutes les conditions. Il reste malgré tout journaliste, car ce métier ne se résume pas à être porteur d'une carte, mais bel et bien à exercer une profession.

Le réel avantage de la CIJP, en plus d'avoir un certificat professionnel nationalement reconnu, vient des avantages fiscaux qui se débloquent pour les porteurs de la carte…

Accréditation

L'accréditation est l'étape où le photographe se fait connaître de l'organisateur d'un événement. Il est tenu de gérer le nombre de photographes selon la capacité du lieu pour des questions de sécurité. Les photographes de presse sont aussi tenus d'informer les organisateurs de leur venue pour cette même raison. Bien entendu, plus tôt c'est le mieux pour que tout le monde ai le temps de s'organiser.

Capacité d'accueil

On a donc vu qu'il était important, en tout premier lieu, de prévoir la capacité d'accueil des journalistes et photographes. Celle-ci peut-être appréciée selon divers critères dans la conception du lieu de l'événement et de la jauge :

  • Crash barrière parfois "Crash" ou "Pit". C'est l'espace intercostal entre la scène et le public, qui peux permettre aussi l'évacuation et l'accès aux premiers soins (certains festivals confient des litres d'eau aux bénévoles dans cette espace pour ré-hydrater le public).
  • Circulations. Accès permettant la circulation des équipes entre les scènes et prisés par les journalistes pour naviguer rapidement sans devoir fendre la foule avec son matériel. Ces espaces ne sont pas forcément spacieux et ils peuvent finir en goulot d'étranglement si on y fait circuler trop de monde. À gérer à bon escient.

Qui accréditer ?

Le photo-journaliste, dans le cadre de son activité, ne peux se voir refuser l'accès à un événement seulement pour des questions de sécurité du public ou des artistes, ou de capacité d'accueil, en vertu des articles L333-6 et suivants du Code du Sport. Sa demande d'accréditation n'est qu'une formalité pour ne pas débarquer comme un cheveux sur la soupe (certains s'en foutent, ou n'ont pas pu faire autrement).

Heu… attends, j'ai bien lu Code du Sport ?

En fait, d'après l'article 20-4 de la loi n° 86-1067 du 30 septembre 1986 relative à la Liberté de communication, "l'article L333-7 du Code du Sport est applicable aux événements de toute nature qui présentent un grand intérêt pour le public". Cet article confirme donc les droits des photographes professionnels en vertu de l'information.

Les autres, professionnels en priorité, pourront être autorisés à la discrétion des organisateurs.

Certains petits malins voient le bon filon pour s'offrir un ou deux concerts à l'œil de temps en temps, armé d'un compact (ou d'un smartphone). Il est facile d'obtenir un extrait du travail d'un photographe, et beaucoup ont un portfolio sur internet. Plus le travail présenté est bon, plus l'artiste et l'événement seront mis en valeur, et moins on risque d'avoir affaire à un resquilleur (attention aux sites pages persos qui peuvent se révéler être des pages fantômes avec des clichés piqués ailleurs pour crédibiliser la demande).

Note pour ceux qui se lancent dans la photo de concert : ne désespérez pas pour créer votre Book, pour vous faire la main il suffit de commencer par des petites salles près de chez vous, souvent moins garnis en photographes et plus enclins à laisser s'exprimer un débutant. Mais je dois vous mettre en garde que c'est un secteur très populaire, qu'il y a déjà beaucoup de monde qui tentent d'en subsister par la photographie et qu'il faudra très vite apprendre les règles essentielles de cohabitation.

Les règles d'usage

En tout premier lieu, et c'est une règle d'Or des photographes de concert, le flash est prohibé. Il est néanmoins bon de le rappeler par l'organisateur dans les conditions de prise de vue, certains peuvent ne pas être au courant.

Ensuite, et c'est avant tout une question de respect du public qui a payé son entrée non pas pour travailler, mais pour apprécier le spectacle. Le photographe aura le devoir d'éviter les bousculades, de ne pas gêner le spectateur dans la vision du concert (ex: scène basse ou au sol, photographe debout entre le groupe et le public) ni dans son appréciation auditive (ex: ratatatatatatatata dans le dernier souffle d'un violon).

Accréditation contre photo

L'Article L131-1 du Code de la Propriété Intellectuelle stipule que "La cession globale des œuvres futures est nulle". Ce qui veux dire, que même si le photographe a ratifié un accord dans lequel on lui demande de fournir gracieusement les droits d'exploitation sur les photographies qu'il va réaliser, il n'est néanmoins pas tenu de s'y plier (la clause étant illégale, elle est réputée non-écrite d'après le fonctionnement du Droit Français).

Par ailleurs, j'explique dans un autre article pourquoi je m'oppose fermement à ce genre de pratiques d'un point de vue éthique.

Droit à l'image des personnes en représentation

La jurisprudence considère que les artistes, dans le cadre de leurs activités professionnelles, donnent leurs autorisations tacite pour la diffusion.

Cette autorisation est néanmoins limitée à des activités artistiques ou d'information de la part du photographe, et il n'est pas possible, pour l'auteur, de fournir ces droits à un tiers pour une activité commerciale ou de communication publicitaire. Pour cela, il sera nécessaire que le diffuseur contracte directement avec l'artiste (ou sa prod) pour obtenir les autorisations (dans le cadre d'un partenariat par exemple).

Dans le cas d'une entreprise, souhaitant reproduire une photographie dans un dépliant publicitaire, elle aura obtenu, dans le cadre d'un partenariat par exemple, les droits d'associer l'image des personnes sur les photos à leurs produits, marques ou prestations. Le photographe, de par ses droits patrimoniaux sur ses clichés, devra autoriser par écrit l'exploitation de sa photographie, y définir les limites précises. Il en va de même dans le cas où un artiste - lui-même ou ses représentants - souhaitent diffuser ou reproduire les photographies.

Règle des 3 premiers morceaux

La règle des 3 premiers morceaux est une règle souvent contestée par les photographes qui considèrent n'avoir pas assez de temps pour réaliser des images correctes (pas le temps de prendre ses marques, l'éclairagiste réserve son jeu au début du spectacle ou la relation artiste <--> public n'a pas eu le temps de s'établir et pour couronner le tout la densité de population dans le pit rend tout déplacements ).

En festival, apparaît le problème des différentes scènes qui démarrent à différents moments et qui rend la couverture de certains artistes difficile dans la limite de 3 morceaux.

Encore une fois, un journaliste ne pourra pas être soumis à cette règle mais quittera le "pit" après le temps imparti, afin de ne pas déranger le public longtemps. Mais il restera libre de continuer à prendre des clichés qui lui semblerai utiles pour conter l'évènement, du public comme des artistes sur scène.
J'irai même plus loin dans ce raisonnement en disant que personne ne devrait être soumis à cette règle en regard de la Liberté d'Expression.
Ce serait quand même dommage de ne pas avoir de photo du guest qui débarque sur scène pour le 7eme morceau, ou de l'artiste qui slam toute la fosse, puisque ce sont souvent celles-ci qui intéressent les journaux et magazines.

Il est aussi très important de bien briefer les équipes sur ce point : les photographes sortent du pit après les 3ers morceaux, ce qui ne les interdit pas de shooter (soyons clair). C'est assez désagréable de se faire aboyer dessus par un agent de sécurité parce qu'on a eu l'outrecuidance de prendre une dernière photo en se dirigeant vers la sortie du pit à la suite de tous les photographes (non, je ne tape pas sur les agents de sécu, la majorité sont adorables, mais ça m'est déjà arrivé)…

Quand je tente d'avoir plus d'explications sur cette règle, il s'avère que c'est souvent imposé par la production des artistes à l'organisateur de l'événement. On m'explique parfois que voir les auréoles sous les bras d'un artiste n'est pas quelque chose d'acceptable pour son image, alors qu'au contraire, je considère que ça peux donner l'image d'un artiste qui se donne à fond pour son public (et puis qui ne sue pas sous parfois plus de 50kW de projecteurs ?).
La question de sécurité revient quand à elle plus souvent, car il faut pouvoir évacuer rapidement d'éventuels blessés… Or j'ai souvent observé que les malaises vagaux arrivaient majoritairement au début de la prestation : parfois plusieurs heures à attendre dans la foule et une montée en pression quand l'artiste va ou entre sur scène et on extrait trois ou quatre corps inanimés par le devant de scène parfois même avant le début du set. Pourtant on entasse tous les photographes dans le pit à ce moment là, limitant même leur mouvement (alors faire passer une civière et les secouristes). Paradoxe ? Un peu, sachant que si on laisse l'accès au pit sur tout le show, le flux de photographe s'en trouvera largement détendue (et les photographes avec).

Contrats

Certains contrats accordant accréditation aux photographes font leur apparition, imposant à ces derniers un contrôle de la part du producteur des artistes sur les images, une restriction de distribution, et/ou des autorisations d'exploitation à titre gratuit.

Je ne signe jamais ce genre de contrat, je ne vois pas pourquoi je le ferait : je n'ai aucun engagement professionnel avec quelqu'un qui me démontre qu'il n'a pas l'intention de devenir client en ayant jusqu'au culot de m'extorquer des clichés avant même que j'ai pu en réaliser un seul. En l'occurrence, mon client c'est moi-même et/ou l'organe de presse qui m'envoi.

Certains producteurs que je suis allé interroger sur l'intérêt d'une telle pratique semblent indiquer que c'est pour endiguer le nombre grandissant de photographes dans les salles et sur les festivals. Alors soit on m'a donné un faux prétexte, soit la stratégie est très mauvaise : ce n'est pas en tapant arbitrairement sur tout le monde qu'on va faire fuir les plus "indésirables". Encore une fois, je ne comprend pas pourquoi ne pas accréditer les photographes non-journalistes en fonction de leur book ?

Dernière mise à jour :

Les informations données dans cet article le sont à titre informatif et peuvent comporter des erreurs.
Il est vivement recommandé de s'adresser à un expert certifé (comptable, avocat, etc…) pour la résolution d'un cas concret.